Église protestante Unie

Psaume 16 et Actes 2, 25 à 33 Le bonheur. Dim 29 mai 2021 Pascal Geoffroy

Lectures bibliques : Psaume 16 et Actes 2, 25 à 33

Psaume 16 : « Poème de David.

Je dis au Seigneur : « Tu es mon maître souverain ;

Ce sont les personnes qui te sont fidèles,

celles qui vivent dans le pays,

qui ont la vraie grandeur,

Ceux qui cherchent les faveurs d’un autre dieu

ne feront qu’augmenter leurs tourments.

Je n’offrirai pas leurs libations de sang,

Seigneur, tu es le bonheur de ma vie, tu es l’héritage qui me revient,

C’est un sort qui me ravit,

Je bénis le Seigneur, qui me conseille :

Je ne perds pas de vue le Seigneur,

C’est pourquoi j’ai le cœur plein de joie, tout mon être est en fête !

Non, Seigneur, tu ne m’abandonnes pas à la mort,

Tu me fais savoir quel chemin mène à la vie.

On trouve une joie pleine en ta présence,

un bonheur éternel auprès de toi. »

Prédication 

Frères et sœurs,

je voudrais vous parler ce matin du bonheur. C’est un sujet plutôt mal vu contesté. D’abord dans l’église, il y a une méfiance très ancienne à propos du bonheur. Celui-ci est suspect. Je caricature à peine mais un enseignement largement répandu dans l’église est que l’on est sur cette terre pour souffrir, pour s’engager, pour lutter mais pas pour être heureux. On connaîtra au ciel la félicité éternelle. 

Contesté dans l’église, la notion de bonheur fait aussi l’objet d’une approche très critique de la part des non-croyants qui pensent volontiers que les chrétiens se réfugient dans un autre monde pour fuir les difficultés ici-bas et que les perspectives célestes sont un trompe l’œil détourner les gens de transformer leur quotidien.. 

Et pourtant, un thème constant de la Bible est le bonheur. J’ai choisi de vous lire le Psaume 16.

…. (lecture ici) ….

le bonheur est possible. Tout le Psaume 16 le chante d’un bout à l’autre. Il n’est pas toujours possible de vivre en harmonie avec ses proches, avec ses voisins. Il n’est pas toujours possible de vivre dans la joie dans ce monde si fragile et tellement meurtri. Il n’est pas possible de vivre paisiblement dans une société traversée par des tensions violentes.

Mais il est néanmoins possible de vivre heureux. C’est le cas de l’auteur du Psaume, David. 

Et pourtant, on le devine, David a été exposé à de terribles tentations : celles de participer à des libations sanglantes dans le cadre probable d’un culte païen.

Par ailleurs, David a probablement frôlé la mort. On ne sait rien à partir de ce Psaume des circonstances : accident, guerre, maladie, complot. Il en a réchappé et son corps ne descendra pas dans la tombe pour se décomposer.

C’est peut-être d’ailleurs au moment où il a frôlé la mort que des amis lui ont proposé d’essayer avec les autres dieux, de faire un sacrifice abominable, de rechercher une autre protection, un autre salut. Et on peut le comprendre : comment être sûr qu’un Dieu invisible peut nous aider. Les idoles elles, sont bien visibles, ce qu’elles demandent pour être satisfaites est aussi concret que précis. David a écarté cette tentation.

Dans cette vie agitée, fragilisée, menacée, il vit dans le bonheur. Les versets qui exprime le plus cette félicité sont les versets 5 et 6 : « l’Éternel est ma part et la coupe où je bois. Tu garantis la part que j’ai reçue. Tu en as fixé les limites, c’est un jardin plein de délices, mon héritage est merveilleux ».

Une des raisons du bonheur de l’auteur de ce Psaume est que Dieu le conseille : « même la nuit, Dieu éclaire sa pensée ». Parfois nous connaissons aussi l’insomnie quand une pensée difficile ou douloureuse nous obsède. L’auteur a connu ces heures lancinantes de la nuit sans sommeil où les pensées tournent si facilement en rond et le corps s’épuise faute de repos. Le temps de l’insomnie n’est pas un temps perdu. Ces heures deviennent des temps bénis où Dieu conseille les êtres humains ! Dans les heures d’angoisse, Il fait connaître le chemin de la vie.

Dans ces heures terribles, David a cherché et trouvé le conseil de Dieu et il écrit : 

« Puisqu’il est près de moi, rien ne peut m’ébranler. Mon cœur est dans la joie, mon âme exulte d’allégresse. Mon corps repose dans la paix ». 

Cette paix, cette présence de Dieu à ses côté donne à David une intuition de l’éternité : « Tu me feras connaître le chemin de la vie : plénitude de joie en ta présence et bonheur éternel auprès de toi. » 

Notez bien : David ne recherche pas le bonheur, il recherche la présence de Dieu et c’est en trouvant Dieu qu’il trouve en même temps le bonheur. 

Tout à l’heure je vous disais que Dieu était invisible et cette invisibilité nous pose souvent problème : comment croire en un Dieu qu’on ne voit pas ? Pourtant regardez la construction du Psaume : 

« Dieu est la coupe où je bois : j’ai les yeux constamment fixés sur l’Éternel. Il me conseille », donc je l’écoute. « Protège-moi, je me réfugie en toi ». Tous ces mots montrent que les cinq sens sont mobilisés pour faire l’expérience de Dieu ; pas seulement l’intelligence, mais le corps entier dans toutes ces perceptions concrètes. Dieu n’est pas une notion abstraite et le bonheur non plus. Les livres bibliques de la Sagesse abondent d’expériences concrètes du bonheur : vivre dans un climat de bonne entente, manger son pain, boire son vin, profiter du fruit de son travail, se reposer à l’ombre de son figuier… Tout cela aussi est aussi un don bien concret de Dieu.

La Bible va relier étroitement la totale invisibilité de Dieu avec la plus concrète, la plus sensible, la plus visible, la plus audible expérience de Dieu.

Ce que ce Psaume nous rappelle encore, c’est que Dieu a le bonheur humain comme objectif. Et il s’agit d’un bonheur sur terre qui se prolongera dans l’éternité parce que Dieu qui donne ce bonheur et cette joie est un Dieu éternel et tout ce qu’il fait est fait porte la marque de fabrique de son éternité.

J’ai choisi de vous lire ce Psaume 16 ce matin parce que c’est un des plus beaux hymnes du Psautier. Mais aussi pour une autre raison. 

Ce Psaume est cité le jour de Pentecôte par Pierre dans son discours aussitôt après le vent violent, les langues de feu et le parler en diverses langues.

Pierre pour expliquer à la foule sidérée ce qui se passe cite le prophète Joël, puis le Psaume 16 assez longuement. Il cite également d’une manière plus brève le Psaume 110 . 

Et après avoir cité le Psaume 16, Pierre commente, je vous lis d’abord la citation (versets 25 à 28) puis son commentaire (versets 29 à 33).

«  En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence. Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez. »

Cette citation du Psaume 16 par Pierre et le commentaire qu’il en fait nous conduise à considérer plusieurs choses : La première, c’est que ce n’est pas l’Ancien Testament qui annonce la signification du Nouveau Testament, c’est le nouveau Testament qui interprète l’Ancien. Pour être plus précis encore, c’est la personne du Christ qui permet de lire l’ancien Testament.

Il y a une unité de toute la Bible. Entre David et Jésus il y a 1000 ans, mais le Dieu qui se révèle dans la Bible est le même et son projet n’a pas changé, ni en 1000 ans, ni en 2000 ans, ni en 5000 ans.

Pierre proclame que la vraie compréhension du Psaume 16 est d’y lire la résurrection du Christ.

J’en arrive à un deuxième point important que cette reprise du Psaume 16 nous conduit à méditer : Pentecôte nous conduit à Pâques. Pentecôte, c’est l’actualisation de Pâques dans notre propre vie. Pourquoi la résurrection de Jésus est-elle si importante à Pentecôte ? Pourquoi est-elle si importante dans la toute la Bible ? Pourquoi est-elle si importante aujourd’hui ?

Nous cloisonnons souvent nos vies avec d’un côté la recherche du bonheur et d’un autre côté notre vie religieuse. Or les deux sont à tisser étroitement ensemble. Pierre cite le Psaume 16 pour nous rappeler que le bonheur des êtres humains est toujours le projet de Dieu et que ce bonheur est étroitement relié à la fête de Pâques et celle de Pentecôte, à la personne du Christ. 

Parce qu’elle témoigne que la mort est une parenthèse.  Et avec la mort, le péché, la bêtise, la méchanceté, la corruption, le mensonge. Tout cela est éphémère, tout cela aura une fin. 

La vie avec Dieu n’a pas de fin, son pardon n’a pas de fin. Sa joie n’a pas de fin. Son amour, sa justice sont éternels. Et cela, nos contemporains ne le savent pas. Ils pensent que le malheur et la mort sont le but et la fin de toutes choses. Et même ceux qui sont les plus « chanceux », pensent que le bonheur a une fin comme le reste.

Nous sommes réellement destinés au bonheur ! Sur cette terre nous pouvons en faire la réelle expérience dans ce face à face avec le Seigneur. Et ce bonheur sur cette terre se prolongera dans la nouvelle terre et les nouveaux cieux du Royaume quand il viendra dans sa plénitude.

Le bonheur dans la Bible et singulièrement dans ce Psaume 16 a trois caractéristiques : 

– Ce bonheur est abondant. Le pardon de Dieu est abondant, sa grâce est généreuse, sa vie est abondante. Le Psaume 16 évoque cette générosité, comme le font de très nombreux passages bibliques. Paul écrira que là où le péché abonde, la grâce surabonde. 

– Ce bonheur est un émerveillement, une exultation, un frémissement de l’être. Le Psaume 16 a été composé dans un tel moment d’émerveillement. On a le même tressaillement au moment où Marie rencontre Elizabeth. La Pentecôte est aussi un moment inattendu de visitation et d’étonnement.

– Et enfin, le bonheur dont il est question dans la Bible, ce bonheur inoxydable est un bonheur qui se reçoit et se vit dans un monde mouvant rempli d’adversité et de détresses. C’est un bonheur possible au milieu des scandales du monde et de l’hostilité, comme l’enseigne Jésus avec les Béatitudes : heureux ceux qui pleurent, ceux qui sont persécutés pour la justice, … C’est un bonheur qui ne méprise pas le malheur mais le tient à distance et lui impose une limite infranchissable.

Amen !

Prière de repentance : 

Ô notre Dieu,

Malgré les cicatrices que je cache soigneusement

Malgré les cicatrices visibles ou invisibles qui font de ma vie une accumulation de solitudes et de plaies plus ou moins bien refermées…

Tu es là Seigneur au cœur de ma souffrance avec ta puissance de guérison !

Malgré les motifs de déprime et les chagrins mal digérés,

malgré la haine et l’amertume qui ont souvent remplacé l’amour,

malgré la spirale infernale de la désespérance, … 

Tu es là, Seigneur au cœur de mes peines … avec la force de ton pardon !

Malgré mes échecs, et mes peurs ; malgré mes fautes et mes erreurs,

Malgré ma vie déchirée, décousue, rapiécée de tout côté,

Tu es là, Seigneur, au cœur de ma louange, comme la source de toute réparation ! 

Amen !

Psaume 16 et Actes 2, 25 à 33 Le bonheur. Dim 29 mai 2021 Pascal Geoffroy
Retour en haut