Église protestante Unie

Marc 16 Une grotte historique P Geoffroy Dim 4 avril 2021

Lecture biblique : Marc 16, versets 1 à 8

«  Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d’aller embaumer Jésus. Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever. Elles disaient entre elles: Qui nous roulera la pierre loin de l’entrée du sépulcre? Et, levant les yeux, elles aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée. Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un jeune homme assis à droite vêtu d’une robe blanche, et elles furent épouvantées. Il leur dit: Ne vous épouvantez pas; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; il est ressuscité, il n’est point ici; voici le lieu où on l’avait mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée: c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. Elles sortirent du sépulcre et s’enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi. »

Prédication 

Frères et sœurs,

les grottes préhistoriques que nous pouvons visiter, celle de Tautavel, Chauvet, Lascaux, Pech-Merle par exemple, nous renseignent sur les débuts de l’humanité. Nos ancêtres en particulier ont laissé dans ces grottes un art pariétal qui nous remplit d’émotion tant les scènes représentées sont saisissantes de justesse, presque animées et vivantes au moyen des jeux de relief des parois et des lumières, pris en compte par ces artistes, au moment de leur création.

Il y a les grottes préhistoriques des débuts de l’humanité et au recommencement de l’humanité il y a une autre grotte, une grotte historique, une grotte creusée dans le roc pour y devenir un tombeau. Un tombeau tellement plein de vie qu’il a laissé des traces non sur les parois mais dans les cœurs de celles qui l’ont visité il y a 2000 ans. Cette grotte était pleine de vie, mais une vie tellement puissante et irrésistible qu’elle ne pouvait pas rester prisonnière de ces murs de pierre. La pierre à l’entrée de la grotte a été roulée par cette puissance de vie, et la vie est entrée dans le monde, la vie éternelle, la vie de Dieu, la vie avec Dieu.

Les différentes cultures humaines mettent toutes le séjour des morts sous leur pieds, puisqu’à l’exception des populations vivant en très hautes montagnes, c’est un des traits caractéristiques de l’humanité que d’enterrer ses défunts.

C’est d’ailleurs là l’origine du mot « enfer ». « Les enfers » ne désignent pas un lieu particulièrement mauvais. Ce sont littéralement « les lieux inférieurs » où sont les morts. L’enfer croyait-on était donc sous nos pieds, or c’était le ciel dans sa splendeur qui était enfoui sous la terre et qui un jour a envahi le monde. En fait, ce jour de Pâques ressemble à une insurrection.

La puissance la plus élevée a agi depuis le bas, depuis ce tombeau creusé dans le roc, depuis cet endroit tabou, cet endroit tenu à la marge de notre vie. C’est un peu comme si Dieu venait depuis ce lieu abandonné reconquérir ses droits par une sorte de rébellion contre le Prince de ce monde.

Quand on regarde la vie de Jésus, telle qu’elle est racontée dans les Évangiles, c’est exactement cela qui se passe avec la première manifestation publique de Jésus dans le désert pour lutter contre les tentations du Diable. Et toute la vie de Jésus se résume en une pratique de guérisons et d’exorcismes par lesquelles il libère les êtres humains des œuvres du Mal et son message est l’annonce du règne de Dieu qui s’approche enfin comme une bonne Nouvelle pour les pécheurs, les captifs, les asservis. La bonne nouvelle est vraiment celle d’une libération de l’emprise du Mal.

L’enfer n’est pas sous nos pieds. C’est le ciel qui est sous nos pieds. Jésus en sort vainqueur. Il a remporté la victoire sur la mort. C’est ce que nous disons dans le symbole des apôtres quand nous disons : « il est descendu aux enfers, le troisième jour, il est ressuscité des morts ».  Il s’agit désormais de tirer les bénéfices de cette victoire sur la terre, là où l’enfer résiste encore.

La Pâques du Seigneur, cette première Pâques chrétienne est la poursuite du combat victorieux du Christ dans la vie de ses disciples. L’ange invite les disciples de Jésus hommes et femmes, à se rendre en Galilée, la « Galilée des nations ». À travers la mention de ce territoire tout proche de Jérusalem, c’est la mission dans les nations lointaines et les territoires étrangers qui est déjà inscrite sur la feuille de route des disciples.

Je veux maintenant attirer votre attention sur trois expressions utilisées par l’ange :

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D’abord : « Il est ressuscité, il n’est pas ici » (v.6). Les femmes étaient venues embaumer un corps mort. Embaumer un corps, c’est se retourner sur le passé pour le conserver un peu plus longtemps. C’est croire finalement au pouvoir ultime et irrémédiable de la mort. C’est croire que la vie doit rendre des comptes à la mort et aux défunts. Le message de l’ange prend le contre-pied radical de cette idée très universelle.

Les femmes sont venues pour rien si elles sont venues rendre hommage à une personne aimée défunte. Elles sont venues pour découvrir que Jésus a quitté la mort, il ne s’est pas laissé retenir par celle-ci. Alors Marie de Magdala est elle aussi appelée à quitter la mort. Il n’y a rien pour elle ici. La vie n’a pas été créée pour la mort. La résurrection de Jésus est le point de départ d’une inversion des perspectives qui reste aujourd’hui d’une brûlante actualité.

Les anciens grecs avaient élaboré, entre autres, deux mythes opposés : celui d’Œdipe et celui d’Orphée. Œdipe en voulant fuir son destin provoque justement ce qu’il voulait éviter. Le prolongement moderne de ce mythe est dans la marginalisation de la mort et dans le projet de trans-humanisme. En mettant la mort à la lisière de nos vies, le plus loin possible on la retrouve plus puissante encore et nous nous retrouvons plus démunis devant elle. Vivre ne consiste pas à passer sa vie à fuir son destin car se faisant, on réduit son existence à une immense et cruelle préparation du destin qu’on voulait justement éviter.

Le mythe opposé à Œdipe est celui d’Orphée. Pour retrouver sa chère Eurydice, Orphée descend aux enfers et chante pour séduire la mort et au moment de la remontée avec Eurydice malgré l’avertissement, il se retourne en arrière et tous les deux se retrouvent aux enfers définitivement. Orphée illustre la séduction de la mort. On retrouve cet attrait de la mort dans les débats contemporains sur l’euthanasie et le suicide assisté. Certains disent : mourir est parfois préférable à vivre. Ce récit de la résurrection ne répond pas directement aux nombreuses questions éthiques qui se posent et qu’il faut entendre avec bienveillance, mais ces questions peuvent être abordées d’une manière toujours neuve à partir de ce message de Pâques que vivre est préférable à mourir et que vivre est toujours un combat spirituel même quand, en apparence, tout semble aller à peu près bien.

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« Il vous précède » (v.7). Ne pas regarder vers le passé, mais regarder vers l’avenir. Ne pas regarder vers la mort mais regarder vers la vie qui vient. Ne pas regarder vers nos défaites mais regarder à la victoire du Christ.

Dans toutes les armées du monde, les chefs se tiennent à l’arrière. Dans le combat spirituel de la foi, le grand chef nous précède. Là où nous avançons, là où nous arrivons, il est déjà là et il connaît déjà les lieux, les personnes, le contexte que nous n’avons pas encore découvert.

Quand nous visitons une personne à l’hôpital, le Christ est déjà là avec cette personne. Quand nous arrivons dans un autre pays, il est déjà là. Quand nous abordons une nouvelle période de notre existence avec des défis nouveaux, il nous précède là encore avec sa victoire sur le péché et la mort, avec la puissance de sa vie. Il n’est pas un endroit ou une situation de ce monde où nous arrivons les premiers, ayant tout à découvrir, tout à faire tout seul.

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« Comme il vous l’a dit » (v.7). Dieu dit toujours ce qu’il fait et il fait toujours ce qu’il dit. À notre époque saturée de communications bruyantes, sans lien avec les réalités, l’ange nous rappelle par cette petite phrase que Dieu annonce toujours parfaitement ce qu’il va faire. Les Évangiles sont cousus avec ce refrain : « ceci arriva afin que s’accomplisse ce que le prophète avait annoncé… ». Dieu joue franc-jeu avec l’humanité ; celle-ci est informée, prévenue, enseignée, on peut vérifier sur pièces. Les Écritures écrites sur plus de mille années par une foule d’auteurs différents, dans des contextes et des styles qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, attestent cependant tous d’une continuité du projet de Dieu. Ce que Dieu a dit est fiable. Ce que Jésus a dit est fiable. Tout ce qu’il a dit s’accomplit et s’accomplira parfaitement, conformément à ce qui a été annoncé. Lire les Écritures, c’est approfondir sa connaissance du monde, de Dieu et de soi. Lire les Écritures nous entraîne dans un grand élan de curiosité, d’étonnement et de sympathie pour le monde, sans jamais oublier que l’on se bat. Revenir à cette Parole, la méditer, c’est s’entraîner pour ce combat spirituel de la paix et de la réconciliation.

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Je veux aborder brièvement une dernière chose. Les femmes étaient « effrayées ». Ne jugeons pas trop vite ni trop mal cet effroi. Il se peut au contraire que ce sentiment soit le signe qu’elles ont bien entendu le message. Elles étaient venues, dans la tristesse banale d’un jour de deuil, satisfaire les rites funéraires de leurs temps. Elles découvrent que celui qui était mort est ressuscité. Elles réalisent qu’alors qu’elles se sentaient vivantes, c’était en réalité elles-mêmes qui étaient prisonnières du caractère irrémédiable de la mort. Elles découvrent que leur vie va changer du tout au tout. Elles deviennent des messagères de la Résurrection de Jésus et de la victoire de la vie sur la mort. Elles, des femmes, dans une société patriarcale, sont mises en avant là où socialement elles sont le plus fragiles. Il y a de quoi être bouleversées, effrayées même.

En quelques instants, elles sont devenues citoyennes du ciel où vivent le Père, le Fils et l’Esprit et leur présence dans le monde vient de changer complètement de sens.

Il y a en chacun de nous, dans la maison de notre vie, une cave souterraine fermée. Quelle aventure c’est pour nous, ou quelle aventure ce serait pour nous, de découvrir dans notre propre vie, cette pièce secrète et un rayon de lumière filtrer sous la porte jusque-là dissimulée.

Dans cette cavité creusée en nous retentit un appel irrésistible, bouleversant, effrayant aussi, mais surtout irrésistible à aller vers la vie, précédé par le Christ ressuscité. 

Amen !

Marc 16 Une grotte historique P Geoffroy Dim 4 avril 2021
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