Église protestante Unie

Éphésiens 17-24, 5 / 1-3, 6 / 10. Nettoyage de fin d’année Reims le 11 juillet 2021 Dominique Ranaivoson

Voici donc ce que je vous demande avec insistance au nom du Seigneur : ne vous conduisez plus comme les païens que leurs pensées mènent au néant. Ils refusent de comprendre ; ils n’ont aucune part à la vie qui vient de Dieu, parce qu’ils sont complètement ignorants et profondément endurcis. Ils ont perdu tout sentiment de honte ; ils se sont livrés au vice et commettent sans aucune retenue toutes sortes d’actions impures.
Ce n’est pas là ce que vous avez appris au sujet du Christ ! Vous avez certainement entendu tout ce qui le concerne, et on vous a enseigné, en tant que chrétiens, la vérité qui est en Jésus.
Vous devez donc, en renonçant à votre conduite passée, vous débarrasser de votre vieille nature que ses désirs trompeurs mènent à la ruine. Il faut vous laisser complètement renouveler dans votre cœur et votre esprit. Revêtez-vous de la nouvelle nature, crée à la ressemblance de Dieu et qui se manifeste dans la vie juste et sainte qu’inspire la vérité. […]
Puisque vous êtes les enfants que Dieu aime, efforcez-vous d’être comme lui. Que votre façon de vivre soit inspirée par l’amour, à l’exemple du Christ qui nous a aimés et a donné sa vie pour nous, comme une offrande et un sacrifice dont l’agréable odeur plaît à Dieu.
Vous appartenez au peuple de Dieu, par conséquent il ne convient pas qu’une forme quelconque d’immoralité, d’impureté ou d’envie soit même mentionnée parmi vous. […] Enfin, puisez votre force dans l’union avec le Seigneur, dans son immense puissance.
Éphésiens 17-24, 5 / 1-3, 6 / 10.

L’année scolaire est terminée et bien souvent, avant de partir ou pour marquer la rupture avec cette étape désormais franchie, les écoliers, les nouveaux bacheliers (et moi-même) font un grand ménage : exit toutes les feuilles, cahiers, brouillons, crayons usés. On grandit, de nouveaux horizons s’ouvrent !
Et voilà que nous entendons ces avertissements de Paul aux chrétiens d’Éphèse exactement dans cette perspective : ils sont passés du paganisme à la foi chrétienne et cela doit se voir.
Mais comment ? comment accepter des conseils sur notre mode de vie ? N’est-ce pas cette morale puritaine associée comme un boulet au protestants qui pèse ou voudrait peser sur la société ? Combien d’incroyants se rebellent contre la foi chrétienne sous ce prétexte si commode qu’il faut avancer et que toute morale qui n’est pas la leur est rétrograde !
Il nous faut donc observer de plus près qui sont ces destinataires et au nom de quoi Paul envoie de tels conseils pour évaluer si, nous qui sommes chrétiens comme eux, nous pouvons supporter de telles injonctions.

Des ex- païens
Qui sont ces destinataires ? Éphèse est une ville hellénistique de Turquie, donc imprégnée de culture grecque, magnifique pour le tourisme et les livres d’histoire car ses ruines se visitent encore : grande rue pavée, belles façades ornées de colonnes, grand temple de la déesse Artémis considéré comme une des 7 merveilles du monde, nombreuses statues, immense théâtre, culture du débat. C’est une ville célèbre, riche. C’est la « culture » prestigieuse telle que nous l’avons héritée, idéalisée. Mais la culture grecque, c’est aussi les petites statues d’Artémis vendues comme gage de fertilité donc comme idoles, les orgies sacrées, la magie, l’homosexualité institutionnelle, l’esclavage domestique, le cloisonnement des classes sociales. Cet environnement culturel et normal façonne les gens en leur inculquant une grille de lecture de ce qui est bien / mal, autorisé / permis, pur / impur.
Chaque société sécrète ainsi une hiérarchie des valeurs qui imprègne ses membres de manière passive et « naturelle ». Nous sommes aussi dans ce cas et nous devenus, sans même nous en apercevoir, les produits de notre société.
Et voilà que Paul, convaincu que le salut en Jésus est pour tous les hommes, va dans cette ville étrangère pour apporter cet évangile. Le livre des Actes (chap 19) nous raconte son long séjour (2 ou 3 ans) dans ce carrefour de toute la région. Il y prêche un Dieu unique qui sauve par la foi en son Fils, déclenchant l’adhésion des uns, le rejet total des autres. Patiemment, tous les jours, il enseigne à ces nouveaux disciples la parole du Seigneur (19 / 9-10) avant de les quitter pour retourner à Jérusalem. Luc raconte quelques scènes spectaculaires :

Beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient avouer à haute voix le mal qu’ils avaient fait. Un grand nombre de ceux qui avaient pratiqué la magie apportèrent leurs livres et les brûlèrent devant tout le monde. Actes 19 / 18-19.

Notez bien qu’il ne s’agit en rien d’un tribunal ou d’une chasse aux sorcières comme cela fut hélas pratiqué dans les siècles suivants au nom d’une morale soi-disant chrétienne imposée par une institution. Ce sont les nouveaux croyants eux-mêmes qui évaluent différemment ce qu’ils ont fait ou dit, au risque de perdre de l’argent (on précise que ces livres valaient très cher) parce qu’ils ne voient plus leur vie de la même manière.
Alors, qu’est-ce qui s’est passé pour que leur morale s’inverse à ce point qu’ils détestent ce qu’ils ont aimé et pratiqué auparavant ?

Qu’est-ce qui change avec Jésus ?
Mais tout ! répond souvent un de nos frères d’Epernay.
Relevons les tournures utilisées par Paul :
« Ne vous conduisez plus comme les païens » (4/ 17), « Puisque vous êtes enfants, de Dieu, efforcez-vous » (5 /1), « Vous appartenez …par conséquent » (5 / 3).

Le changement de conduite n’est donc en rien un ordre mais la conséquence (le « fruit » dirait Jésus) d’un changement intérieur. C’est leur attachement au Christ qui va produire un détachement à ce qui semble bien incompatible avec sa présence.
En effet, l’amour que Christ nous manifeste par sa mort sur la croix dénonce le mal et ouvre un chemin vers Dieu. Tout ce qui continue à ignorer Dieu voire à le nier se trouve de facto frappé de non-sens et de désuétude. Ce qui était fascinant, ordinaire, est vu d’une nouvelle manière.
Ce n’est plus la peine d’acheter une statue d’Artémis pour avoir des enfants, ni de vivre dans les conflits, de mettre toutes ses forces à gagner du pouvoir par l’argent ou de se désespérer au sujet de l’avenir de la planète quand on a compris et accepté que Jésus pouvait nous accompagner sur un chemin de paix et qu’Il a autorité sur le monde et l’Histoire.

Cette nouvelle manière de se voir et de considérer le monde n’est pas innée, ne comptons pas non plus sur la société ni sur la loi ou les copains pour nous dire ce qui est bien aux yeux de Dieu. Cela doit nous être enseigné à partir de notre situation de disciple. Paul le précise : « vous avez appris…on vous a enseignés » (4 / 21).
Nous n’avons plus Paul parmi nous mais nous avons la Bible, qui contient tout ce qu’il est nécessaire de savoir ; nous avons aussi des frères et sœurs, des pasteurs et des anciens. Il nous faut, à l’échelle individuelle et collective, relire nos modes de vie à la lumière du sacrifice de Christ.
Paul fait une liste non exhaustive de tous les chapitres à purifier et cite dans les versets suivants
la colère (donc le caractère)
le vol (le rapport à l’argent et au travail)
la parole (le lien social)
la méchanceté (les sentiments)
les mœurs (dont la sexualité).
Au chapitre 5, il évoquera la place de chacun dans la société : mari et femme, parents et enfants, employeurs et employés…tout y passe parce que la lumière de Dieu peut et doit réorienter tout. Aujourd’hui encore, sa lumière se pose, traverse, transforme tous les domaines de notre vie : ce n’est plus le « néant » qui est l’horizon (4 / 17) mais la vérité, l’amour.

Surgit aussitôt la question du passage des principes et de la théorie à la pratique : je veux bien, je voudrais bien, être meilleur, mais comment ?
Nous touchons là à la frontière entre la simple morale et la communion avec Jésus.

Le chrétien devient-il automatiquement parfait ? ou la grande illusion
Nous passons tous par le constat amer de nos limites et de celles de notre entourage et la déception peut mener aux séparations voire au repli sur soi : « je ne suis bien qu’avec mon chien ou mes moutons », « je prie tout seul car j’ai vu trop d’histoires dans les églises ». C’est hélas vrai.
Paul, s’il paraît placer la barre trop haut, donne en même temps les clés pour sortir de cette impasse de l’idéal bafoué par le réel avec deux grands principes qui sont toujours pertinents pour nous :
1er principe : Il ne dit pas « renouvelez votre cœur et purifiez vos pensées » comme on fait le ménage ou pénitence mais « laissez-vous renouveler complètement » (4 / 23). Le passif et l’adverbe sont d’importance car ils signifient que le principal acteur n’est pas nous mais Celui qui a accès au fond de notre être, Dieu, qui agit par son Esprit, pour notre bonheur. Le « complètement » indique une radicalité qui est la seule garantie qu’un nouveau variant du péché ne reviendra pas au galop.
C’est le paradoxe du dernier conseil : « puisez votre force », verbe actif cette fois, donc vous êtes l’acteur de votre combat par cette démarche mais « dans la puissance du Seigneur » (5 / 10) qui n’attend que notre demande pour nous aider.
Nous sommes donc appelés à désirer être transformés, à nous laisser modeler, par une relation intime, dans la prière, la fréquentation des frères, la lecture de la Parole. Et nous verrons bien des choses changer !

2è principe : Ce processus dit de « sanctification » a des limites (chez nous et chez les autres) qui sont celles du monde dans lequel nous vivons.
Les marchands qui vivaient de la vente des statues d’Artémis ont été furieux de la conversion des premiers chrétiens et quelques siècles plus tard, le temple a même fermé.
Aujourd’hui, il est difficile de ne pas se laisser contaminer par les idées en vogue d’une société qui rejette Dieu, ses idées étant présentées comme la norme de pensée et de vie, le « progrès ».
En effet, si Jésus a vaincu le péché totalement à la croix, cette victoire n’est pas encore manifestée dans sa radicalité. Ce sera pour son retour qui reste cet horizon de délivrance définitive que les croyants attendent. Paul le dit : « le jour viendra où Dieu vous délivrera complètement du mal » (4 / 30).
En attendant, nous devons encore gérer cette nature imparfaite qui engendre les problèmes les plus tristes et les déceptions les plus amères. En nous et dans la société, le mal s’infiltre et salit tout.
Nous ne pouvons que nous appuyer sur l’affirmation de Jésus à propos des signes visibles dans nos vies : « sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15 / 5).
C’est en même temps une nouvelle décevante que la morale et les bons conseils ne peuvent changer notre nature et une nouvelle magnifique car Jésus, Vivant, Puissant car Vainqueur, est disposé en notre faveur.

Le grand nettoyage n’est donc pas une fois par an mais chaque jour, avec Lui, par Lui, avec notre plein accord et pour notre délivrance. Amen !

Éphésiens 17-24, 5 / 1-3, 6 / 10. Nettoyage de fin d’année Reims le 11 juillet 2021 Dominique Ranaivoson
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