AMOUR DE LA LIBERTÉ ET LIBERTÉ DE L'AMOUR

« Un membre souffre-t-il ? Tous les autres souffrent avec lui. Un membre
est-il à l'honneur ? Tous les autres partagent sa joie. « 1 corinthiens
12, 26

Depuis déjà longtemps et d'une manière sans cesse accrue, nous avons
pris l'habitude de définir notre liberté par l'indépendance. Être libre,
c'est faire ce que l'on veut, tant qu'on ne nuit pas à autrui et notre
société s'est largement organisée autour de cette conception de la
liberté où la valeur suprême est de faire ce qui nous plaît et de
s'épanouir soi-même. Or depuis un mois tout ce qui faisait nos
occupations et priorités quotidiennes est entièrement remis en cause,
non seulement le superflu mais aussi le nécessaire. C'est sur le plan de
notre culture et de nos valeurs un véritable séisme.

La crise que nous connaissons nous rappelle durement une vérité plus
grande et parfaitement opposée à ce que nous vivions jusqu'alors. Nous
sommes en réalité tous, sans la moindre exception, interdépendants les
uns des autres. Or nous vivons souvent cette interdépendance avec des
connotations très négatives de contraintes. Pour preuve, nous
n'attendons qu'une seule chose : la levée des limitations actuelles. A
cela, l’Évangile de Jésus apporte un éclairage : être libres, c'est être
dépendants les uns des autres et unis par un lien, non pas de servitude
mais un lien … d'amour !

Si notre désir d'indépendance n'est pas soumis à l'amour, nous vivrons
toutes les contraintes présentes et à venir comme une atteinte
intolérable à notre liberté, nous nous condamnerons nous-mêmes et ceux
qui nous suivront, à l'amertume et à la colère. La liberté n'est pas
dans la réduction des contraintes. La liberté est dans l'amour. Il
s'agit pour nous d'aimer les êtres et les choses dont nous dépendons et
de subordonner toute notre vie à l'amour.

Il y a dans notre culte chaque dimanche un geste qui proclame cela,
c'est l'acte de l'offrande. Ce geste pendant le culte a comme
signification spirituelle de manifester notre choix de nous engager
librement, corps et biens, dans la communion fraternelle. Ce geste
exprime que notre vie tout entière appartient à l'amour et au service du
prochain, non comme une servitude mais comme une grâce à la suite du
Christ, appelée à se déployer dans l'infinie et joyeuse diversité de
notre vie.

« C'est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, ne faites pas
de cette liberté un prétexte pour vivre comme des hommes livrés à
eux-mêmes. Au contraire, par amour, mettez-vous au service les uns des
autres. » Galates 5,13

Prions : Seigneur Jésus, tu as aimé les hommes jusqu'à tout donner pour
eux. Donne-nous la joie de répondre à ton amour et d'oser  renouveler
encore et toujours le don de notre vie. Amen !

Pascal Geoffroy Xavier Langlois, lundi 13 avril 2020
                                    
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LE DOIGT N'EST PAS LA LUNE.

Il nous est tous arrivé un jour ou l'autre de dissocier un événement et
la fête de cet événement. Je suis né tel jour, mais pour des tas de
raisons, on a souvent fêté mon anniversaire en décalage, profitant d'une
visite de famille ou d'une autre circonstance plus favorable. C'est un
peu pareil avec Pâques. Nous confondons souvent dans nos paroles
l'événement et la fête de Pâques.

La fête de Pâques suit une convention dans le calendrier. Cet aspect
artificiel est particulièrement mis en évidence par le fait que Pâques
est une fête mobile d'une année sur l'autre et de plus sa date varie
selon que l'on est Juif, chrétien oriental (calendrier Julien) ou
occidental (avec le calendrier Grégorien).

Mais l'événement de Pâques n'est pas une convention. La première Pâque
s'est passé historiquement au moment de l'exode d'Israël hors d'Égypte.
La Pâques du Seigneur a eu lieu quand Jésus est sorti vivant du tombeau.
L'événement de Pâques dans notre vie n'est pas non plus un artifice. Par
exemple quand une personne meurt en se remettant réellement entre les
mains de Dieu. Il se reproduit encore lorsqu'un être reçoit le pardon
pour ses péchés et retrouve une véritable liberté. C'est Pâques encore
quand quelqu'un reçoit la possibilité d'aimer concrètement au-delà de
ses forces. C'est encore le passage très précis de la honte à la
rédemption.

Ces jours derniers, les journalistes se sont fort intéressés aux
chrétiens et à la fête de Pâques « qui ne pourra pas être célébrée comme
d'habitude ». Cette concentration sur la fête est un faux problème. Cela
m'a rappelé le dicton : « quand le sage montre la lune, le sot regarde
le doigt ». Pâques est autre chose que la fête de Pâques. Parlons un peu
moins de la fête et un peu plus de la réalité de Pâques, cet événement
qui a bel et bien eu lieu dans le secret d'une découverte, dans
l'intimité d'une relation, dans l'émerveillement d'une renaissance, dans
le silence d'un miracle reconnu au plus profond de notre être.

Pâques se vit toujours d'abord dans les tombeaux, les prisons de toutes
sortes, sur les lits de souffrance, dans les relations familiales
inextricables, les situations professionnelle embrouillées. Aujourd'hui
nous pouvons vivre le miracle de Pâques dans toute sa puissance, au
milieu de ce qui nous arrive personnellement et collectivement.
L'impossibilité aujourd'hui de la fête habituelle nous permet de se
concentrer sur ce que le Seigneur fait réellement dans sa bonté en notre
faveur depuis la première Pâque d'Israël. La vraie joie est là ! Christ
est vraiment ressuscité pour nous !

« Maintenant se réalise ce qu'avait annoncé le prophète Joël. » Actes 2,
16.

PRIONS A PARTIR DU PSAUME 121 : Merci Seigneur d'être là à mon côté,
comme une ombre qui me protège. Merci parce que jamais tu ne dors ni ne
sommeille. Merci parce que tu gardes Israël et tu gardes tous tes
enfants. Merci parce que tu veilles sur moi, de mon départ jusqu'à mon
retour, dès maintenant et à jamais. Amen !

Pascal Geoffroy Xavier Langlois, 12 avril 2020, jour de Pâques